• 26 février 2024

Langues en souffrance.

L’ordre mondial est en train de changer, nous disent chaque jour de nombreux experts en géopolitique. Même à ceux qui ne s’intéressent pas à l’équilibre géopolitique mondial, les changements survenus dans la société n’ont pu leur échapper.

Une parfaite illustration pourrait être la question de la langue française. Au XIXe siècle le français était incontestablement la langue de la diplomatie mondiale. Avec la création de la Société des Nations en 1920 la France, forte de la place du français dans le monde, s’est opposé à la proposition de faire de l’espéranto la langue de travail de la nouvelle organisation internationale. L’espéranto est une langue qui ne représente pas un peuple, un pays ou une culture en particulier, elle est neutre, langue de tous et de personne.

Cela aurait été le meilleur choix pour se parler d’égal à égal et pas dans la langue de l’autre. Un siècle plus tard le français est en grande souffrance au Québec, bastion de la résistance francophone sur le continent Nord-américain. Il a été remplacée par l’anglais au Rwanda et a perdu son statut de langue administrative en Algérie et tout récemment au Mali. En Europe de l’Est l’allemand et l’anglais l’ont détrôné aux cours des dernières décennies. A chaque fois la France «regarde beaucoup et regrette peu», comme le disent si bien des observateurs de la francophonie. Elle n’a rien fait non plus quand la Grande Bretagne a quitté l’Union européenne, car le pays est parti mais l’anglais reste la langue de communication entre les pays membres de l’UE...

Bien que non membre de cette union, la Moldavie est membre de la Francophonie. Si vous vous promener dans le centre ville de Chișinău, en regardant les vitrines des salons de beauté, des salons de coiffure, de magasins divers, de restaurants (souvent) ou encore d‘entreprises de lavage de voitures – vous serez étonnés et même déstabilisés. Vous le serez encore plus en cherchant un festival d’été organisé sur le territoire national. Dans la très-très-très grande majorité des cas son intitulé sera anglais et, comble de non respect de la population locale, en anglais seulement ! Les différentes stations de radio se font un plaisir de diffuser la musique anglo-saxonne tout au long de la journée. En regardant la carte du continent européen on constate facilement que le premier pays dont la langue nationale est l’anglais s’appelle la Grande Bretagne et se trouve à presque 3000 km de distance.

Il y a certes quelques dizaines de milliers de Moldaves qui travaillent dans ce pays ou en Irlande, mais la grande majorité de nos compatriotes à l’étranger se trouvent dans les pays latins: Espagne, France, Italie, Portugal. Dès lors, la question qui s’impose est de savoir comment il se fait qu’une langue si éloignée de notre région, de notre culture et de nos habitudes occupe autant de place. La population qui se prétend «traumatisée» par la présence et l’hégémonie du russe serait-elle prête à accepter une autre domination?

La réponse semble malheureusement être positive. J’ai fait part de mes «réflexions linguistiques» à un écrivain très connu qui avait beaucoup milité pour la langue, l’hymne et le drapeau national. Etonné et un peu agacé il m’a répondu que le phénomène était normal et que cela s’appelait «la mondialisation». Soit, mais cette mondialisation pourrait aussi bien se faire avec la très belle langue roumaine accompagnée de musique grecque, italienne et française, avec des festivals et des salons de beauté portant des noms locaux, tout en réservant l’anglais pour les échanges commerciaux et les négociations internationales. A cela l’écrivain a souri et s’en est allé parler avec quelqu’un d’autres et probablement d’autres choses. Il va pourtant certainement participer avec enthousiasme à la fête de «Notre langue» le 31 août...

Margareta Donos

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